Despoèmes griffonnés à la va-vitesurdespages arrachées,cette terriblelassitudequime transforme en plomb."Tufinirasrongé par tespeurs,et moi par l'usure".Pourtant je t'aime, etme laisseentraîner dans ta chute.
Si vous saviez la douce amertume du bonheur auquel je goûte chaque seconde...
Je pense que peu d'entre vous peuvent le comprendre. Contrairement à celui de beaucoup d'autres, mon bonheur ne se mesure pas par la quantité de fond de teint Yves Saint-Laurent tartiné sur un visage, généralement figé en un rictus - celui de l'envie et de l'avarice. Je ne le porte pas au bout de mon poignet, matérialisé en montres plus clinquantes les unes que les autres. Comment Louis Vuitton pourrait-t-il rimer avec satisfation? Un sac siglé est-il comparable aux larmes que l'on verse en écoutant Microwave? Un T-shirt étiqueté Diesel ne fera jamais battre plus vite mon coeur comme peuvent le faire le tonnerre et l'orage, soyez en sûrs.
Un peu de pluie, de la moiteur dans l'atmosphère, et la chaleur du regard de Quentin: quel argent pourrait me payer cela? Il y a ces fleurs aux couleurs chatoyantes, le jus sucré d'une mangue, les flammes d'un feu de camp sur l'Hermitage, la complexité du ciel et de ses nuages, le doux contact physique d'une main amie, des chansons reprises en duo, des bisous sur la bouche entre copines, du sable plein les chaussures. Cela n'a pas de prix.
Et tout ce qu'il me reste encore à voir, à vivre, à rire et à pleurer sur ce si petit caillou qu'est La Réunion. Il faut dès lors que je photographie tout ce qui me serre le coeur et m'éblouit, à défaut de pouvoir tout emmagasiner dans ma petite tête encombrée. Plus que quelques semaines, quelques bons moments à compter sur les doigts de la main, et puis je ne pourrai plus me rappeler l'odeur du frangipanier en tendant simplement la main pour attraper l'une de ses fleurs. Il n'y aura plus de courses poursuites dans une piscine bleu turquoise, ni de pente à gravir avec de la musique dans les oreilles à s'en écorcher les tympans. Plus de caméléons à qui sauver la vie, ni de catamaran à mener vers le large, ou encore d'épaules brûlées à vif par le soleil du midi.
Maintenant que tout est sûr. Que je sais que le temps m'est compté sur mon île, et que dans quelques mois je foulerai de mes pieds l'immensité de ce Paris gris et froid. Je me rends finalement compte de ce que je perds. Putain.